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Saint Lambert occupe une place particulière dans la vie de Vence. Reconnu comme un évêque sage et bienveillant (il exerça de 1114 à 1154), il est devenu un symbole de protection, de stabilité et de repère moral pour la ville durant une période déterminante de son histoire. Sa mémoire s’est transmise au fil des siècles à travers les traditions locales, les reliques et les récits conservés dans des textes médiévaux et de l’époque moderne. Aujourd’hui, en tant que l’un des deux saints patrons de Vence (l’autre étant saint Véran), Lambert reste l’une des figures les plus aimées de la ville et un lien durable entre la communauté et son profond passé chrétien.
Un manuscrit remarquable retraçant la vie de saint Lambert, conservé pendant de nombreuses années dans le trésor de la cathédrale de Vence, se trouve aujourd’hui dans les archives paroissiales de Vence, déposées aux Archives du diocèse de Nice. Rédigé en latin par un auteur inconnu, il est connu dans les catalogues scientifiques sous le titre « Vita sancti Lamberti Ventienensis episcopi » (« Vie de saint Lambert, évêque de Vence »).
Ce manuscrit est la plus ancienne version connue de la vie de saint Lambert et l’une des très rares biographies de prélats provençaux du XIIᵉ siècle qui nous soient parvenues. D’après l’écriture, il a été daté de cette période et aurait été rédigé peu d’années après sa mort, peut-être par un membre du clergé de Vence ou par quelqu’un de l’abbaye de Lérins, où Lambert passa une grande partie de ses jeunes années.

Rédigé dans une écriture gothique méridionale bien lisible sur sept feuillets de parchemin, ce manuscrit présente un portrait moral concis de l’évêque Lambert. Il évoque sa naissance à Bauduen, sa formation à Lérins, son élection au siège de Vence, ainsi que de nombreux miracles qui lui sont attribués. Le récit, simple et direct, brosse l’image d’un évêque exemplaire, reconnu pour son humilité, sa charité, sa chasteté, sa patience, son sens pastoral, sa défense des pauvres, sa fermeté face aux abus locaux et son attachement à la prière.
Plusieurs miracles lui sont attribués, ainsi que les circonstances de sa mort, survenue le 26 mai 1154, et la vénération de ses reliques. Le texte explique également comment sa mémoire fut honorée à Vence après son inhumation. L’ensemble est rédigé dans le style simple et traditionnel de l’hagiographie médiévale (une biographie de saint ou de personnage saint, destinée avant tout à nourrir la dévotion plutôt qu’à fournir un récit historique strict).
Le manuscrit original
La plus ancienne référence connue à ce document se trouve chez le cardinal César Baronius (1538–1607), historien italien de l’Église et membre de l’Oratoire de saint Philippe Néri. L’un des plus influents érudits catholiques de son époque, il publia son œuvre monumentale, les Annales Ecclesiastici (Annales ecclésiastiques), entre 1588 et 1607. Cet ouvrage propose une histoire de l’Église année par année depuis le temps du Christ et se voulait une réponse catholique aux Centuries de Magdebourg protestantes.
Dans les Annales ecclésiastiques pour l’année 1154, paragraphe 7, Baronius écrit : « En cette même année, le sixième jour avant les calendes de juillet [26 juin], saint Lambert, évêque de Vence en Gaule, quitta cette vie pour le ciel. Moine de Lérins, il fut appelé par Dieu à gouverner cette Église et se distingua par sa sainteté ; de nombreux miracles firent resplendir sa vie et l’Église elle-même. Ses actions remarquables furent mises par écrit par l’un de ses contemporains, qui en avait personnellement été témoin pour beaucoup d’entre elles. »
Cette mention montre que Baronius avait très probablement accès au manuscrit du XIIᵉ siècle, ce qui fait de lui le plus ancien auteur de l’époque moderne à citer ce texte. Il convient de noter que Baronius date explicitement la mort de Lambert au VI Kalendas Julii (26 juin). Une version imprimée plus tardive du manuscrit, dans les Acta Sanctorum (voir ci-dessous), corrige cette date et situe la mort et l’inhumation de Lambert au VII Kalendas Junii (26 mai).
Le manuscrit original se compose de seulement sept pages d’un très beau texte latin manuscrit. Toutefois, ces sept pages ont, à un moment donné, été reliées avec une couverture (réalisée à partir d’un autre document ancien), quelques pages blanches, ainsi qu’une page contenant des informations sur saint Hilaire et saint Véran. Le récit de la vie de Lambert se divise globalement en plusieurs parties :
Origines et formation : Lambert est présenté comme Lambert(us) de Bauduen. Orphelin de mère à la naissance, il est élevé à partir de l’âge de douze ans à Lérins, où il acquiert savoir, vertu, humilité et amour des pauvres.
Élection et épiscopat : Élu évêque de Vence en 1114, davantage pour ses qualités morales que pour son érudition. La Vitainsiste sur ses vertus pastorales (zèle, humilité, charité, justice, douceur, défense de l’orthodoxie) plutôt que sur des détails administratifs.
Mort et culte : Il meurt en 1154, le 26 mai ; ses reliques sont vénérées à Vence. La tradition locale a ensuite entretenu sa mémoire, notamment par des processions aux côtés de saint Véran.
Miracles : De nombreux miracles attribués à Lambert, aussi bien de son vivant qu’après sa mort, sont rapportés en détail.
Aujourd’hui, le manuscrit est conservé aux Archives diocésaines de Nice. Sa cote est : Diocèse de Nice – Archives FR AEC / 06 – 67 N 07 – Paroisse de Vence – 38 / Manuscrit de la Vita de saint Lambert, évêque de Vence [XIVᵉ siècle]. Il est rangé dans une boîte en carton, qui contient également plusieurs autres pièces d’archives provenant de Vence (numéros 36 et 37). À l’intérieur de cette boîte se trouve un simple dossier portant la même référence, dans lequel est conservé le manuscrit. Il faut toutefois noter que les archives le datent du XIVᵉ siècle, ce qui semble être une erreur, puisque, comme indiqué plus haut, il est généralement considéré comme datant du XIIᵉ siècle.
Un aperçu page par page
1. La couverture : La couverture a été réalisée à partir de pages recyclées provenant de ce qui semble être un codex de droit canon du XIIIᵉ siècle, très probablement un exemplaire du Décret de Gratien. Ce feuillet dense, disposé en deux colonnes, avec des gloses marginales et des initiales alternant le rouge et le bleu, faisait à l’origine partie d’un manuel scolastique utilisé pour l’enseignement et l’interprétation du droit de l’Église. Longtemps après l’abandon de l’ouvrage juridique, son parchemin a été découpé et réutilisé pour fabriquer la couverture de la Vita Sancti Lamberti Episcopi. Sa présence offre un aperçu particulièrement intéressant de la pratique médiévale consistant à réemployer des matériaux d’écriture précieux. En haut de la première colonne, le titre Vita Sancti Lamberti Episcopi est inscrit, et un encadrement a été tracé autour.
2. L’intérieur de la couverture : Une autre page provenant du même codex de droit canon, réemployée pour constituer l’intérieur de la couverture de ce manuscrit.
3 et 4. Pages blanches.
5. Une page en grande partie blanche : Une note manuscrite apparaît en haut de la page, servant d’introduction à la biographie de Lambert. Elle semble avoir été ajoutée plusieurs siècles après la rédaction du manuscrit original. Remarque : je ne suis pas absolument certain des mots placés entre crochets:
Cette vie de Saint Lambert a été publiée par Barralis
[dans] le Chronologia Sanctorum et aliorum virorum
illustrium sacræ insulæ Lerinensis Tom. I p. 180–183
(il y aurait [lieu] de [collationner])
On trouve également une vie de Saint Lambert à la Biblio
thèque nationale [sources someone’s name?] 12606. 16733–17006
et 17558 – (c’est probablement la même que celle-ci.
6. Une page blanche.
7. Page 1, première page de notre manuscrit : Le premier paragraphe commence par une grande lettrine rouge en forme de « C ».
8. Page 2 de notre manuscrit : Un deuxième paragraphe débute près du haut de la page par une grande lettrine rouge en forme de « B ». Ce paragraphe se poursuit jusqu’à la fin du document. On distingue des notes dans la marge supérieure gauche, totalement illisibles. Il est impossible de déterminer si elles faisaient partie du document original ou si elles ont été ajoutées ultérieurement.
9. Page 3 de notre manuscrit.
10. Page 4 de notre manuscrit : Elle contient une note manuscrite dans l’angle inférieur gauche, composée de deux parties, toutes deux encadrées. Ces passages ont clairement été rédigés par une main différente de celle du manuscrit original. L’écriture est ici très pâle et presque illisible par endroits. Voici ma meilleure transcription de ce qu’ils indiquent :
Le premier encadré (très difficile à lire) :
In tumulo ??? hos versus perlege ???,
??? ??? confusos ??? multos.
Cela signifie quelque chose comme :
« Sur son tombeau est inscrit ce qui suit,
afin d’instruire ceux qui ne le savent pas. »
Le second encadré
Il s’agit de l’épitaphe gravée sur le tombeau de saint Lambert, ainsi que de l’année de sa mort. Le texte est ici assez difficile à lire, mais nous en connaissons le contenu puisque nous savons ce qui est gravé sur son tombeau.
Discat qui nescit, quod episcopus his requiescit
Nomine Lambertus multa bonitate refertus
Quique quaterdenis huic sedi præfuit annis
Non hunc erexit res blanda nec aspera flexit
Parcat peccatis illius fons pietatis
Et lucescat ei lux perpetuæ requiei
1154
Cela se traduit en français par :
Qu’il apprenne, celui qui l’ignore, que sous ces lieux repose un évêque,
nommé Lambert, rempli d’une grande bonté.
Pendant quatorze fois quatre années, il présida à ce siège.
Ni les attraits trompeurs ne l’élevèrent, ni les épreuves ne le firent plier.
Que la source de toute miséricorde pardonne ses péchés
et que brille pour lui la lumière du repos éternel.
1154
11. Page 5 de notre manuscrit.
12. Page 6 de notre manuscrit : Cette page présente, tout en bas, une célèbre note manuscrite en latin de Pierre Abou, qui fait référence aux reliques de saint Véran et de saint Lambert. Il l’a laissée sur ce manuscrit en 1793, lorsque lui-même et deux autres personnes ont caché les reliques des deux saints pendant la Révolution française. Elle se lit ainsi :

Fidem facio et testor quod ad majorem omnipotentis Dei gloriam die
Xbris 1793 extraxi sacras reliquias SS. Verani et Lamberti, positas in
teca argentea et reverenter collocavi in arca lignea deaurata, præ-
sente Paulo Pons presbytero et Petro Geoffroy, in quorum fidem manuum
nos signavimus Vincii die 10 Decembre 1793
Paulus Pons Pbr. B. Geoffroy
Petrus Abouy Pbr. et Procurator hujus Ecclesiæ
Cela se traduit en français par :
J’atteste et certifie que, pour la plus grande gloire de Dieu tout-puissant, le 10 décembre 1793, j’ai retiré les saintes reliques de saint Véran et de saint Lambert, placées dans un reliquaire en argent, et que je les ai recueillies avec respect dans un coffret en bois doré, en présence de Paul Pons, prêtre, et de Pierre Geoffroy, qui en sont également témoins, et nous avons signé de notre propre main à Vence, le 10 décembre 1793.
Paul Pons, prêtre, B. Geoffroy
Pierre Abou, prêtre et procureur de cette Église
Vous pouvez lire un récit plus détaillé des reliques de saint Véran et de saint Lambert dans cet article (en anglais) : Devotion, History and Art: The Relics, Reliquaries and Busts of Saint Véran and Saint Lambert of Vence.
13. Page 7, dernière page de notre manuscrit : On y voit, près du centre de la page, un cachet représentant apparemment un évêque, avec la date 1577 inscrite en dessous. La raison de cette date n’est pas claire. Trois lignes de texte manuscrit apparaissent en bas de la page ; elles sont extrêmement usées et effacées, ce qui les rend illisibles. Il est toutefois possible qu’il s’agisse du même texte que celui imprimé à la fin de la version de Barralis (voir ci-dessous).
14. Une page blanche.
15. Cette page ne fait pas partie du manuscrit original, mais correspond à un ajout postérieur. Elle contient plusieurs paragraphes consacrés à saint Hilaire et à saint Véran. La raison de leur ajout demeure inconnue. Voici le texte latin, tel qu’il est écrit
De Sancto Hylario
Quae sequintur desumpta fuerunt, partim ex Martyrlogio, partim ex vita Sancti Honorati Arelatensis Ep̄i
In Galliis ciuitate Arelatense, iiiᵒ Nonas Maij, Natale Sancti Hylarii Ep̄i magni, ex discipulatu Honorati cuius præfessoris, qui Vitas Hylarium efficiat sensu politam composuit. Hic quidem est magnus Honoratus Lyranensis Monasterij toto orbe celceberrimus fundator olim, & Rector egregius, postmodum uero Arelatensis Antistes, de eius uirtutibus & sanctitate ne dubites, Sabet siuigmagis ex Harmonia Magnum Gregorium & ipsum Hylarium predictum, atque Cesarium Arelatensem post ipsum Ep̄os, aliosq̃ plures, ipsa prætens & doctrina Brasilisignes. Nam in omnibus Concionis solemnnis de cōsentio. Floruit sub Romanis Imperatoribus Theodosio Iuniore & Valentiniano, qui similiter regnauer coepuerunt, Anno Domini. 428. Vel ut alij volunt 431. Ab Initio mundi quinqᵐ milia sexcentum triginta, olimpia de Trecentesima. Et regnaueunt annis 34. vel ut alij 27. per quod tempus sanctes Roman pontifices suo ordine extiterunt, Celestinus primus, Sixtus Tertius, & Leo primus.
De Sancto Verzano
Epo Vencien.
10 Septembris
Infrascripta desumpta fuerunt Ex Martyrlogio Ecclesiæ
Venciensis folio 119. In margine b.
In Galliis ciuitate vencien. depositio Beati Verzani Epi Vencien. qui fuit Monachus
Insulæ Lyrinen Discipulus beati Hylarii Abbatis dictæ Insulæ, & postea Epis̄
Arelatensis, Qui beatus verzanus sepultus est, In eadem Ecclesia vencien̄ Inᵒ
Sarcophago marmoreo In parte dextra, Qui multis virtutibus & miraculis claruit,
Ac de Nobili prosapia ortus In pace quieuit IIIIᵒ Idus Septembris.
Voici la traduction française :
Sur saint Hilaire
Ce qui suit est tiré en partie du Martyrologe et en partie de la Vie de saint Honorat, évêque d’Arles.
En Gaule, dans la ville d’Arles, le troisième jour avant les nones de mai, on célèbre la fête de saint Hilaire, grand évêque. Il fut disciple d’Honorat, dont il devint le successeur, et il composa sa Vie dans un style soigné et avec un jugement sûr. Cet Honorat, fondateur du monastère de Lérins, célèbre dans le monde entier, et auparavant abbé éminent de ce monastère, devint ensuite évêque d’Arles. Si l’on ne veut pas douter de ses vertus et de sa sainteté, on en apprendra encore davantage par les écrits du grand Grégoire, de Hilaire lui-même, de Césaire d’Arles qui lui succéda, ainsi que de nombreux autres auteurs dont l’autorité et l’enseignement font foi. Tous sont unanimes dans leurs sermons solennels.
Il vécut sous les empereurs romains Théodose le Jeune et Valentinien, qui commencèrent à régner ensemble l’an du Seigneur 428, ou, selon d’autres, 431, soit cinq mille six cent trente ans depuis le commencement du monde, lors de la trois-centième olympiade. Il gouverna pendant trente-quatre ans, ou, selon d’autres sources, vingt-sept ans. Durant cette période, les pontifes romains qui se succédèrent furent Célestin Iᵉʳ, Sixte III et Léon Iᵉʳ.
Sur saint Véran, évêque de Vence
10 septembre
Ce qui est écrit ci-dessous a été tiré du Martyrologe de l’Église de Vence, folio 119, en marge « b ».
En Gaule, dans la ville de Vence, on commémore la mort du bienheureux Véran, évêque de Vence. Il avait été moine sur l’île de Lérins, disciple du bienheureux Hilaire, abbé de cette île, puis évêque d’Arles. Ce bienheureux Véran fut enseveli dans cette même église de Vence, dans un sarcophage de marbre situé du côté droit. Il était renommé pour de nombreuses vertus et miracles et, issu d’une noble famille, il s’endormit paisiblement le quatrième jour avant les ides de septembre.

16. Une page blanche.
17. Une page blanche.
18. Une page blanche.
19. L’intérieur de la couverture arrière. Suite de l’ancien manuscrit réutilisé pour la couverture.
20. La couverture arrière. Suite de l’ancien manuscrit réemployé pour la couverture.
Bibliotheca Hagiographica Latina
BHL signifie Bibliotheca Hagiographica Latina, ce que l’on peut traduire par Bibliothèque hagiographique latine. Il s’agit d’un immense catalogue scientifique, un outil de référence établi par les Bollandistes, un groupe de jésuites érudits basés en Belgique, spécialisés dans l’étude et l’édition critique des vies de saints, ainsi que dans la compilation de notices historiques classées selon les fêtes liturgiques. La BHL répertorie tous les textes latins connus consacrés aux saints (vies, passions, recueils de miracles, etc.) rédigés au Moyen Âge, et attribue à chacun un numéro d’identification unique (un « numéro BHL »), comparable à une cote de bibliothèque, mais appliquée aux textes hagiographiques médiévaux.
Le numéro 4695 correspond précisément à l’entrée de la BHL pour le texte intitulé Vita sancti Lamberti episcopi Ventensis. Il s’agit d’un identifiant scientifique unique qui permet au monde universitaire de repérer ce texte précis à travers l’ensemble des manuscrits et des éditions imprimées. Lorsqu’un chercheur écrit « BHL 4695 », on sait avec certitude qu’il fait référence à ce texte-là. Comme de nombreux saints portent le même nom (c’est le cas de Lambert, par exemple, avec saint Lambert de Maastricht et plusieurs autres), le numéro BHL évite toute confusion. Dire « BHL 4695 », c’est indiquer sans ambiguïté qu’il s’agit de saint Lambert de Vence, et non d’un autre.
Version Chronologia sanctorum et aliorum virorum illustrium, ac abbatum sacrae insulae Lerinensis
Nous savons que le manuscrit médiéval original de la Vita sancti Lamberti episcopi Ventensis était encore conservé dans les archives de la cathédrale de Vence à la fin du XVIᵉ siècle. En 1596, quatre ecclésiastiques de Vence, Antoine Isnard (vicaire général), Dominique Laureau (chantre), Maurice Vian (curé) et Pierre de Guigonis (notaire) — vérifièrent et comparèrent le manuscrit original avec une copie réalisée ultérieurement. Après avoir authentifié le texte, ils envoyèrent cette copie à Vincent (Dom) Barralis, moine de l’abbaye de Lérins, qui la publia en 1613 dans sa Chronologia sanctorum et aliorum virorum illustrium, ac abbatum sacrae insulae Lerinensis (Lyon, 1613, p. 180–183a), une chronique latine consacrée aux saints, aux personnages illustres et aux abbés de l’abbaye de Lérins, et qui a permis de conserver des témoignages importants sur les premiers saints de Provence.
La réimpression réalisée par Barralis couvre un peu plus de quatre pages. Elle s’ouvre sur le titre suivant :
Incipit prologus vitæ beati Lamberti Episcopi Venciens & Monachi sacræ Insulæ
Lerinensis. Floruit anno Domini 1154. (Commencement du prologue de la vie du bienheureux Lambert, évêque de Vence et moine de la sainte île de Lérins. Il mourut l’an du Seigneur 1154.)
Comme dans le manuscrit original, l’ensemble du texte est divisé en deux paragraphes. Il commence par une introduction relativement brève, qui occupe environ les deux tiers de la première page. Tout le reste du manuscrit — le récit de la vie de Lambert — est contenu dans le second paragraphe, qui s’étend sur un peu plus de trois pages. On trouve également plusieurs petites « notes », entre deux et huit par page, dans les marges gauche ou droite de chaque page ; elles servent de repères pour signaler différents épisodes de la vie de Lambert.
Le texte se termine par trois passages distincts qui ne font pas partie du manuscrit original :
1. Un court paragraphe concernant la mort de Lambert : « Præfactus verò Episcopus per quadraginta annos Venciensem rexit Ecclesiam (vt dictum est.) Et Anno Incarnationis nostri saluatoris Millesimo, Centesimo, quinquagesimo quarto, suum suo reddidit spiritum creatori. » (« Ce même évêque gouverna l’Église de Vence pendant quarante ans, comme il a été dit. Et l’an de l’Incarnation de notre Sauveur 1154, il rendit son esprit à son Créateur. ») Il est possible qu’il s’agisse du même texte ajouté plus tard au bas de la dernière page du manuscrit original (voir plus haut).
2. Un paragraphe plus long expliquant comment Barralis reçut une copie de ce manuscrit :
« Ce récit a été extrait et collationné sur l’exemplaire original conservé dans les archives de l’église cathédrale de Vence, en la province de Provence, par nous, Antoine Isnard, chanoine théologal et vicaire général de Vence, agissant pour le très révérend père en Christ Guillaume Blanc, évêque de Vence et de Grasse ; avec Dominique Laurens, chantre de ladite Église ; Maurice Vian, bénéficiaire et curé de la même ; et maître Pierre de Guigonis, notaire royal et secrétaire du chapitre de Vence. En témoignage et confirmation de ce qui précède, nous avons apposé nos signatures. Fait à Vence, le quatorzième jour de janvier de l’an de Notre-Seigneur 1596, la quatrième année du pontificat de notre très saint Père en Christ et Seigneur, le pape Clément VIII, en la neuvième indiction. (Signé) A. Isnard, vicaire général ; Dominique Laurens, chantre de Vence ; Maurice Vian, curé ; et moi, Pierre de Guigonis, notaire royal et secrétaire du chapitre de Vence, en attestation de tout ce qui précède, ai signé comme tel : P. de Guigonis, notaire et secrétaire. »
3. L’inscription figurant sur le tombeau de saint Lambert :
« Que celui qui l’ignore apprenne qu’ici repose un évêque,
nommé Lambert, rempli d’une grande bonté,
qui présida à ce siège pendant quarante ans.
Ni la prospérité ne l’éleva, ni l’adversité ne le fit fléchir.
Que la source de miséricorde pardonne ses péchés,
et que la lumière du repos éternel brille pour lui. »
Version Acta Sanctorum
La Vita fut ensuite réimprimée, presque sans modification, dans les Acta Sanctorum (Anvers, 1688, Maii, vol. VI, p. 458–460), une monumentale collection savante commencée au XVIIᵉ siècle par les Bollandistes.
La version des Acta Sanctorum s’ouvre par une colonne entière de texte, composée de deux longs paragraphes, dans lesquels les éditeurs donnent une introduction critique au manuscrit. Ils y résument les informations tirées de Baronius (Annales Ecclesiastici), de Pietro Ferrarius (Catalogus Generalis Sanctorum – Catalogue général des saints – 1601) et d’André du Saussaye (Martyrologium Gallicanum – Martyrologe gallican – 1637), en évoquant l’origine de Lambert, son épiscopat, sa sainteté, ses miracles et ses reliques. Le passage précise également une divergence concernant la date de sa fête (26 mai ou 26 juin) et mentionne la translation de ses reliques à Bauduen en 1634. Les éditeurs expliquent ensuite qu’ils ont reproduit la version de Barralis presque sans changement. Ils concluent cette introduction par l’épitaphe figurant sur la face antérieure du tombeau de Lambert.
Contrairement à la réimpression de Barralis, la version des Acta Sanctorum divise le texte du manuscrit en huit paragraphes clairement numérotés. Comme dans l’édition de Barralis, on trouve de nombreuses « notes » dans les marges latérales de chaque page, correspondant à des épisodes de la vie de Lambert. Cinq « notes de bas de page » figurent dans les marges (signalées par les lettres a, b, c, d et e) et renvoient à une section Annotat placée à la fin du texte, qui explique, précise et corrige le contexte historique et textuel. On observe également d’autres lettres servant de repères (D, F, A, B, C, E, F, B, D et E), sans que l’on sache exactement ce qu’elles signalent ou à quoi elles correspondent.
Les lettres « G. H. » inscrites dans l’angle supérieur gauche de la première page correspondent à Godfried Henschen, l’un des deux érudits qui ont rassemblé, organisé et illustré ce volume. Nous savons ainsi qu’il est responsable de cette notice en particulier.
Références modernes à la Vita
La recherche moderne, notamment celle d’Eliana Magnani (2010), identifie la Vita Sancti Lamberti Episcopi Venciensiscomme une hagiographie provençale authentique du XIIᵉ siècle, rédigée peu après la mort de Lambert en 1154. Magnani souligne que le texte présente Lambert comme un enfant de naissance noble offert (oblatus) dès son jeune âge au monastère de Lérins, c’est-à-dire consacré à la vie monastique, et qu’il conserva tout au long de sa vie la chasteté et l’humilité avant de devenir évêque de Vence. Au haut Moyen Âge, les familles nobles offraient fréquemment l’un de leurs enfants à l’Église, à la fois pour des raisons spirituelles et pour renforcer leurs liens avec des monastères importants.
Magnani considère cette vita comme un exemple essentiel de l’idéal du « moine-évêque », un modèle ecclésiastique dans lequel la sainteté s’enracine dans une formation monastique précoce. Le texte, note-t-elle, reflète à la fois les conventions durables de l’hagiographie et la réalité persistante de l’oblation d’enfants en Provence aux XIᵉ et XIIᵉ siècles, faisant de la vie de Lambert un symbole représentatif de cet univers spirituel et institutionnel.
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Accès
Les Archives diocésaines de Nice sont situées au 8 rue Vincent Fossat, à Nice. La consultation se fait uniquement sur rendez-vous. Si vous souhaitez voir ce manuscrit en personne, vous pouvez vous rendre aux archives et en faire la demande.
What: À la découverte de la vie d’un saint bien-aimé – Le manuscrit du XIIᵉ siècle à l’origine de l’héritage de saint Lambert
Where: Archives diocésaines de Nice, 8 rue Vincent Fossat, Nice 06100 (Alpes-Maritimes) (Google Maps)
When: Sur rendez-vous uniquement
Phone: +33 04 92 09 55 19
Website: nice.catholique.fr









